24/08/2007
expulsions en avion
L'augmentation du nombre d'expulsions sur les vols d'Air France émeut les passagers et inquiète le personnel
De l'effroi, de la colère ou une certaine gêne. Chacun d'entre nous a pu ressentir l'un de ces sentiments en lisant la réaction d'une passagère du vol Air France 848, Paris-Lomé. Et moi, qu'aurais-je fait à leur place? Question citoyenne, philosophique mais aussi juridique, car le simple fait de manifester son opposition à une expulsion peut désormais vous mener tout droit à la barre d'un tribunal correctionnel.
Les cas se multiplient de poursuites judiciaires pour "obstruction à une reconduite à la frontière" ou "entrave à la circulation d'un aéronef". Comme le racontait récemment Le Monde, le tribunal correctionnel de Bobigny rendra son jugement le 4 septembre dans l'affaire de ces deux passagers ayant protesté contre une expulsion sur un Paris-Bamako. Sur le Paris-Lomé du jeudi 16 août, quatre passagers ont été débarqués de l'appareil. Pour l'heure, le parquet de Bobigny n'a pas indiqué s'ils seraient poursuivis.
Le malaise grandissant des hôtesses et stewards
Depuis 2003, le malaise grandit chez les navigants d'Air France, en raison des objectifs chaque année plus ambitieux affichés par le ministère de l'Intérieur. Lundi 20 août, Brice Hortefeux s'inquiétait de ne pas atteindre les 25000 reconduites prévues pour 2007. La direction d'Air France se refuse à révéler le nombre d'incidents, qu'elle comptabilise pourtant scrupuleusement. Pour Bruno Sinatti, vice-président du syndicat de pilotes Alter, ces heurts entre passagers et policiers augmentent.
la nouvelle politique Sarkozy, initiée place Beauvau à partir de 2003, a fait voler en éclats ces bonnes résolutions. Alors qu'en 1998 le PDG d'Air France estimait entre "10 et 15" le nombre de reconduites quotidiennes sur les vols de sa compagnie, elles seraient aujourd'hui deux à trois fois plus nombreuses. Obligeant Air France à accepter des reconduites collectives, toujours plus risquées. Là encore, motus sur les chiffres.
Vers le retour des charters Pasqua?
Le mot fait peur. Et c'est le service de presse de la compagnie qui le lâche en premier: "Qu'est-ce qui vaut mieux: qu'ils voyagent sur Air France ou dans un charter à la Pasqua?" En réalité, la profession a gardé un très mauvais souvenir des charters d'expulsés. Surtout depuis le 27 février 1997, où un Airbus d'Air Charter (filiale d'Air France), ramenant un groupe de 77 Maliens, fut complètement dépouillé à son arrivée à Bamako par la mutinerie des passagers reconduits. Alors même que 42 fonctionnaires de police constituaient l'escorte du vol!
Chez les navigants, on ne cache plus vraiment le ras-le-bol d'avoir à subir d'un côté la violence des expulsés, de l'autre les vexations, voire les insultes, des clients. Julie Corbeau parle même du rôle "d'auxiliaires de police" joué par les hôtesses et stewards.
11:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)



















